Ce conte a hanté, et enchanté, mon enfance. Mais le personnage de la sorcière qui arrache la langue de la petite Sirène en échange de jambes de femme m’a autant fascinée que terrifiée. Plus tard, je me suis dit que ce conte pouvait être entendu autrement que comme une histoire d’amour ratée, fondée sur une épouvantable méprise. Pour le comprendre, il me fallait faire dialoguer la petite Sirène et sa tortionnaire, que j’ai appelée la Mutilante. Méditer sur ma propre histoire, et, en elle, sur la force – et les lois – du désir et du temps. Sur la transmission, le lien, la nécessité de certaines séparations… et tant d’autres choses essentielles, comme savent les contes. En me donnant la liberté de faire du conte un récit qui soit mien, le texte a pris peu à peu la forme d’une lettre écrite par la Mutilante à la petite Sirène. C’est donc une sorte de parole marine et maternelle, peu à peu aimante, une parole de «sous la surface de l’eau», adressée à la jeune fille. Une parole qui lui raconte, étape par étape, son périple pour se donner un corps, une âme, une parole qui soient réellement siens. L’amour en a été l’outil, blessant et pourtant créateur, la terre, le lieu de son déploiement. Et la Mutilante, dans ces grands fonds marins, a trouvé son apaisement.
Myriam Mallié



Alexandra Duprez est peintre, elle vit à Douarnenez. Elle développe une peinture «a fresco» partant de fonds rouge, ocre, noir, qui sourdent et affleurent, à la rencontre de formes humaines et animales qui semblent issues d’une mythologie inconnue.


Un esprit tragi-comique ressort du naturel de ces compositions aberrantes. Alexandra Duprez crée des petits scandales logiques avec une grande rigueur. L’homme a pris place au sein de ce bestiaire insolite et n’est pas dépaysé ; sans véritable identité, il a des gestes dénaturants en symbiose avec objets et animaux.


Myriam Mallié

Née à Tournai en 1946, Myriam Mallié est peintre, conteuse professionnelle, et pionnière du travail du conte en Belgique. Depuis plus de vingt ans, elle donne des formations et des spectacles pour adultes, poursuit son travail d'écriture et de peinture, y ajoutant aujourd'hui la gravure. Elle travaille comme artiste-thérapeute dans diverses associations d'aide à des personnes en difficultés.

Un film, Plutôt la vie!, a été réalisé en 1998 par Monique Quintart, qui raconte, de manière juste et sensible, le travail mené sur l'épopée de Gilgamesh, par la conteuse et son musicien jusqu'à la création du spectacle : "Gilgamesh, à l'embouchure des fleuves". Ce travail sur l’épopée s’est prolongé par le livre La mort de Gilgamesh publié en 2005 chez Esperluète.